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Metal Gear Solid HD Collection : retour sur 2 épisodes cultes

Pour comprendre l’aura autour de la saga MGS et en saisir ses aspects les plus subtils, il convient de s’immerger dans la genèse d’une oeuvre peu commune dans le paysage vidéoludique japonais. Retour sur une uchronie magnifique à l’occasion de la sortie de Metal Gear Solid HD Collection sur PS Vita.

Initiée en 1987 par un jeune créateur japonais du nom de Hideo Kojima, Metal Gear n’était alors qu’un récit proche du jeu d’aventure textuel avec un univers déjà des plus captivants. Le premier opus, sorti sur MSX, narrait les aventures d’une jeune pousse des soldats d’élite, Solid Snake, qui s’apprêtait alors à découvrir un monde plus complexe qu’il n’y parait. Plusieurs personnages cultes faisaient alors leurs apparitions tels que Grey Fox ou bien Big Boss.

Il faut néanmoins attendre 1998 (1999 en Europe) pour que la série acquière ses lettres de noblesse auprès du grand public avec l’arrivée de l’épisode Solid sur PlayStation. Premier épisode en 3D et parangon manifeste d’une technologie poussée dans ses derniers retranchements, cet opus, pris à tort comme le premier de l’univers, inscrit Solid Snake au panthéon des héros numériques, ce qui lui ouvra ouvertement la voie royale aux suites avec deux épisodes sur PlayStation 2 et un dernier (à l’heure actuelle) sur PlayStation 3 répondant au nom de MGS 4 : Guns of the Patriots (les épisodes PSP sont plus alternatifs). Intéressons-nous plus précisément aux épisodes de l’ère PlayStation 2 qui font aujourd’hui l’objet d’une remasterisation pour la PS Vita (et avant elle, sur PlayStation 3 et sur Xbox 360).

Outer Heaven

Metal Gear Solid HD Collection compile les épisodes 2 et 3 de la série de jeux. L’intrigue de MGS 2 se déroule plus de deux ans après les incidents de Shadow Moses (MGS 1). Solid Snake et Otacon ont créé le projet Philantropy afin de prévenir les menaces futures de Metal Gear. Derrière ce nom se cache un char d’assaut évolué capable de lancer des ogives nucléaires de partout. Au fur et à mesure de la saga, L’arme de destruction massive prend de plus en plus la forme d’un mécha, géant invincible rappelant les gigantesques robots de la culture nipponne.

A travers ce géant d’acier, Hideo Kojima décline l’idée d’une toute puissance hégémonique qui peut intervenir en tout point du globe, une sorte de méga-arme de destruction massive qui renvoie l’homme à un pantin cupide et inconscient. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », soufflait Rabelais. Il s’agit de l’un des thèmes connus de la série, une base qui agit comme un gimmick pour l’ensemble des épisodes. Mais il ne faudra pas s’y tromper, Metal Gear Solid repose avant tout sur des drames humains prenant place sur fond d’uchronies où le rideau de fer n’a jamais vraiment disparu.

Ce qui frappe lors d’une partie, c’est le lien très fort qui relie la structure vidéoludique au 7ème art. Les emprunts sont composés de nombreux clins d’oeil forts. Difficile de ne pas penser au Kurt Russell de New York 1997 et de Los Angeles 2013 au sujet du physique de Solid Snake (remarque valable à partir de Metal Gear Solid 2). Mais le véritable tour de force de Metal Gear Solid 2 se situe sans doute ailleurs. Le melting pot de Hideo Kojima s’offre au spectateur-joueur telle une passerelle entre cinéma et jeu vidéo. Le propos final a d’ailleurs déstabilisé plus d’un fan de la saga avec une mise en abime évidente du rôle fondamental du joueur et son rapport aux objectifs, à la structure linéaire inhérente à l’intrigue d’un jeu vidéo « classique ».

Snake Eater

Se jouant des conventions, Metal Gear Solid 3 n’est pas la suite directe de la saga (il faudra attendre Metal Gear Solid 4 pour poursuivre les péripéties de MGS 2) mais un prequel prenant place en 1964 et mettant en scène l’ancêtre de Solid Snake, bien avant les incidents de Shadow Moses (MGS 1) et ceux du Tanker (MGS 2). Mais la cassure ne se situe pas que sur le plan des époques, la typologie des lieux diffèrent radicalement des épisodes précédents avec une liberté nouvelle rendue possible par l’infiltration en pleine jungle. Assumant plus que jamais son statut d’uchronie (le passé est réécrit en modifiant différents événements de l’Histoire), l’action prend place en pleine guerre froide et narre les péripéties qui donneront naissance à l’unité spéciale FOX HOUND spécialisée dans les opérations clandestines. A la manière d’un George Lucas des mondes virtuels, Hideo Kojima réalise une splendide réappropriation de sa propre saga qui réserve son lot de surprises et des révélations fantastiques. Exit l’arsenal futuriste, retour à la technologie d’antan, ce qui ne veut pas dire que la part du spectaculaire s’en trouve affaiblie. Le jeu délaisse un peu ses personnages grand-guignolesques (une des marques de la série) pour se rapprocher d’une facture « réaliste ».

Ici, point de combinaison qui épousent les muscles et absorbent les balles, mais un retour à la base du camouflage et des méthodes de guérison en milieu hostile en cas de blessures. L’autre idée brillante de cet épisode se nomme The Boss. L’ancien mentor de Naked Snake (héros de cet épisode) passé à l’ennemi n’est autre qu’une femme et ce rôle compose l’un des personnages féminins les plus emblématiques de l’histoire du jeu vidéo. Entre puissance et fragilité, ses motivations interrogeront directement le joueur sur le rôle de l’engagement à une cause. Signalons aussi l’apparition d’un personnage trouble bien connu de la saga, Revolver Ocelot, ici à ses débuts sous des traits juvéniles mais au machiavélisme déjà bien marqué.

Que dire de cette ressortie aujourd’hui ? Metal Gear Solid 2 et 3 sont des œuvres fortes aux structures quasi-uniques, se jouant des conventions et multipliant les ruptures de ton (tantôt sérieux, tantôt comique-potache) un peu comme si Michael Bay rencontrait Jean Cocteau (Les Enfants terribles est ouvertement cité) en passant par Ian Flemming et Alan Moore. Ce mélange improbable peut déconcerter, d’autant plus que l’ensemble a les défauts de ses qualités à savoir une tentation au verbiage parfois inconfortable, mais l’ensemble forme un tout inédit, une expérience richissime tant par les mécanismes de jeu déployés que les récits développés. Chaque épisode s’attache à des caractéristiques propres (la connaissance sous toutes ces formes dans MGS 2, l’engagement et la création d’une force spéciale dans MGS 3) tout en suivant une histoire plus globale à la mythologie dense (de 1964 jusqu'à 2014 avec MGS 4). Cette compilation tombe au bon moment pour découvrir la saga, les événements de Metal Gear Solid 2 sont accessibles au néophyte grâce à de nombreux rappels à l’épisode précédent quand le récit le justifie. Metal Gear Solid est une expérience incontournable pour tous les esprits curieux et ouverts. Foncez !

Metal Gear Solid HD Collection est disponible sur PS Vita, PlayStation 3 et Xbox 360.

Vincent Martini

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