Eté 1979. Dans une maison en Bretagne, un méchoui familial est organisé pour l’anniversaire de la grand-mère, réunissant plus de vingt personnes. Entre insouciance, plage, « boums » et discussions politiques, le week-end ne manque pas d’animation. Mais un satellite, le Skylab, menace de tomber sur la région…
Un machin venu de l’espace qui risque de tomber droit sur les personnages ? Dissipons d’emblée tout malentendu : Le Skylab, ce n’est pas le Melancholia du pauvre. En 1979, la fin du monde est bien loin de préoccuper les esprits. Il n’y a d’ailleurs que les Parisiens pour s’inquiéter de la chose. Les Parisiens, artistes de surcroît, ce sont Anna (Julie Delpy), Jean (Eric Elmosnino) et leur fille Albertine (Lou Alvarez). Ils emmènent avec eux Mamie, la mère d’Anna, dans la famille (très) nombreuse de Jean.

A onze ans, Albertine (incarnation de la jeune Julie Delpy) n’est plus tout à fait une enfant, pas encore une ado, elle peut encore regarder les dessins animés, jouer avec les boyaux du mouton du méchoui, et dans la foulée, tomber amoureuse à la boum du village. Avec ce film, c’est d’abord un parfum d’enfance que nous livre Julie Delpy, qui joue le rôle… de sa propre mère. Semelles compensées, chemises col à tarte, papiers peints et robes en polyester aux motifs de l'époque, 2CV et maquillage au crayon bleu : rien à dire, la reconstitution est crédible. Le politiquement correct n’a pas encore envahi les esprits, on parle de tout devant les enfants, y compris de sexe, avec une désinvolture qui ferait soupçonner des pires turpitudes aujourd’hui.

La guerre d’Algérie est encore dans les mémoires, le racisme ordinaire de l’oncle ancien para passe comme Tonton dans Tata, on atterrit à la plage des nudistes sans s’émouvoir outre mesure. On se bagarre bien un peu entre gauchistes et partisans de la peine de mort quand on parle politique, 81, c’est pour bientôt… Mais rien de vraiment grave, au fond, à l’image de ce Skylab qui menace de tomber et occupe les conversations sans vraiment perturber le week-end.
L’atmosphère de l’époque, bien restituée, est rafraîchissante, et la galerie de portraits, quoiqu’un brin caricaturale parfois, permettra à chacun de reconnaître au moins un membre de sa propre famille. Les acteurs, crédibles, jubilent manifestement à jouer cette comédie, Vincent Lacoste (Les beaux gosses) en tête dans son rôle d’ado coincé à « la table des mioches », qui se rattrape en jouant les Travolta des salles des fêtes.

On peut cependant reprocher au film quelques longueurs, un slow interminable, une histoire drôle qui s’éternise… Parti pris de la réalisatrice, qui a souhaité exprimer ainsi une certaine indolence de l’époque, du contexte des vacances, des souvenirs marquants de l’enfance finissante aussi. Le spectateur s’y retrouve… ou décroche.
Julie Delpy a voulu, à travers ce film, rendre hommage à sa famille, particulièrement à sa mère disparue, et a même embauché son père pour jouer le rôle du vieil oncle un peu fou – Albert Delpy s’en sort d’ailleurs très bien. Ses souvenirs font souvent mouche en nous renvoyant à nos propres vacances en famille, on sourit, l’émotion n’est parfois pas très loin… Une carte postale des années 70, dont la nostalgie n’est jamais pesante. Les répliques font souvent mouche et malgré quelques faiblesses, on passe dans l’ensemble un très bon moment. Et, qui plus est, c’est un film où l’on sera heureux d’emmener… ses parents.
Julie Molina
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Commentaires
ie4ur7
13 Mars, 2013 - 07:25