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The Dark Knight Rises: la critique

8 ans se sont écoulés depuis la mort d’Harvey Dent et la fuite de Batman. 8 ans sans nouvelles du justicier de Gotham City. Une longue période de repli sur soit et de guérison d’où il va falloir qu’il sorte quand un terroriste du nom de Bane menace de tout anéantir …

Comment faire monter l’envie des spectateurs de salles obscures jusqu’à ne plus en pouvoir avec un seul film ? Prenez une icône de la pop culture née sous les crayons de Bob Kane, sévissant sur le papier glacé de DC Comics, et ayant comme atout principal d’être un justicier humain sans pouvoir autre que celui d’utiliser sa fortune et son être pour combattre la pègre qui gangrène sa ville. Je vous présente Batman. Ou plutôt Bruce Wayne, son nom à la ville, milliardaire de son état. Deuxième ingrédient pour faire saliver vos cinéphiles, prenez un certain Christopher Nolan, adjoignez lui son frère scénariste, Jonathan,  mettez-les à la tête de la nouvelle franchise dédiée au Chevalier Noir (le surnom de Batman pour les non-initiés) tout en sachant qu’ils ont fait un sans faute (de goût et de talent) sur leurs films précédents (Mémento, Le Prestige, Inception).

Franchise que les Nolan Bros ont décidée de complètement métamorphoser, passant du justicier pop kitsch et gothique de Tim Burton à un être ressassant sans cesse les tourments de son existence et au destin bousculé par les tragédies shakespeariennes. En somme, un Batman plus réaliste, plus humain, plus en phase avec son époque, c’était Batman Begins et The Dark Knight. La presse spécialisée et les spectateurs sont dithyrambiques, le succès est total et éclatant. Inutile donc d’insister encore sur l’envie à l’annonce de la conception de ce troisième et dernier épisode de la sage que Nolan annonce apocalyptique. Et me voilà, à la séance de 22h30, yeux rivés sur l’écran géant, veille de la sortie nationale, et terriblement excité, évidemment.

 A l’image de l’intro planante et sublimissime de Prometheus, Christopher Nolan nous emmène dans les airs à la force de plans magnifiques pour y distiller un ballet sans pareil sur l’attaque spectaculaire d’un jet privé par un autre avion. C’est classe, c’est fluide et c’est bestial quand Bane y déploie son impressionnante carcasse dans un lieu si confiné. Une intro James Bondesque qui sera à l’image du film à venir : brillant, noir, mais too much. Trop plein car souffrant d’ellipses pénalisantes et de faiblesses narratives criantes à certains moments alors que l’ensemble est quand même d’une tenue largement au dessus de la moyenne de ce qui se fait à Hollywood. Et pourtant, on est porté, plutôt emporté, par une maestria folle durant la première partie du film, à l’image du savoir faire de Nolan aperçu dans l’épisode précédent et sur Inception : des personnages carrés, de l’action maîtrisé, des intrigues enlacées et ficelées avec inspiration.

A l’image de Bane, véritable colosse de Rhodes moderne, interprété par le très bon Tom Hardy,  qui semble être l’arme la plus mortelle que pourrait affronter l’homme chauve-souris. En plus d’épaules Schwarzennegiennes, il s’affuble d’un masque arachnoïde qui lui déforme la voix, ce qui rend le tout particulièrement monstrueux. Un peu comme s’il était un alter égo au Batman de Nolan au masque plus bestial et à la voix caverneuse. Autre personnage qui tire plus que son épingle du jeu, il s’agit de Catwoman, jouée par la superbe Anne Hathaway. Et pourtant, on ne donnait pas cher de sa peau quand le casting est sorti sur le net quelques mois auparavant, elle qui n’était habituée qu’aux comédies romantiques plus ou moins insipides où son sourire niais faisait mouche auprès de la gent masculine, pendant que la gent féminine appréciait son physique anti-pimbêche et sa fraicheur. 2h30 plus tard, elle réinvente le mythe de Catwoman, cette femme féline, futile, indépendante et mutine. Toute vêtue de cuir, perchée sur des talons aiguilles mortels, Anne Hathaway se pose comme Michelle Pfeiffer en son temps dans Batman le défi, comme un parfait complément au chevalier noir maniant galipette et humour noir à la perfection. Une véritable future icône du féminisme ! Ces deux personnages parfaitement brossés par Nolan sont le point culminant de ce troisième épisode, ainsi que de nombreuses scènes d’action spectaculaires comme le braquage d’un ersatz de Wall Street par Bane.

 Par ailleurs, est-ce le fait d’avoir tout le poids du monde sur les épaules après les immenses succès critiques et publics d’Inception et du Dark Knight que Chris Nolan semble si paumé à certains moments du film ? Des dialogues indignes de son talent, des scènes de combat moyennement convaincantes sur le plan artistique, une musique de Zimmer qui n’invente rien comparé à leurs collaborations précédentes, des fautes de rythmes et de narrations qui plombent la qualité globale de ce troisième épisode. Et pourtant, cela commençait bien quand Nolan prenait son temps pour opérer la  montée en puissance de Bane, pour installer Catwoman, pour réhabiliter Batman, qui pour rappel dans l’opus précédent était devenu un paria pour Gotham City car responsable de la mort du procureur Harvey Dent, sorte l’Eliott Ness local. Nolan se fait même plaisir en affichant haut et fort ses convictions sur la situation économique mondiale via le braquage de la bourse de Gotham, puis plus tard le tribunal populaire qui juge les plus aisés, et l’utopique idée de rendre les clefs de la ville au peuple. De très impressionnants partis pris pour un blockbuster de cette envergure ! Cela donnera même l’une des répliques les plus savoureuses du film extraite d’un dialogue entre un trader et Bane : « - Mais il n’y a rien à braquer ici. – Et vous faites quoi de vos journées ? » . Succulent. Mais très vite, on se rend compte que l’ambition scénaristique des frères Nolan va déborder du cadre et cela dès que l’on entre dans l’option terrorisme et nucléaire.

Sans trop spoiler, on peut dévoiler ici que Gotham City sera pris en otage par Bane et coupé du monde pendant 5 mois. Et c’est alors que nombre d’incohérences débarquent tant sur le plan temporel que sur le plan logistique et réaliste (Je vous épargne les détails, mais vous les constaterez comme moi si vous faites un minimum l’effort de réfléchir au pourquoi du comment survivre autant de temps de manière isolée). Tant et si bien qu’on a l’impression d’être dans un blockbuster moyen sans trop de jugeote du type GI Joe et  qu’on attend avec impatience l’affrontement final. Schéma type. Les personnages de Miranda Tate (Marion Cotillard) et Alfred (Michael Caine) souffrent eux d’inconstance, étant très présent parfois et disparaissant sans crier gare pour réapparaître bizarrement. Tout du long de cet ultime épisode, le Batman joué par Christian Bale maintient son côté tourmenté et sévère, et chacune de ses apparitions suscite une montée d’adrénaline non feinte, car Nolan sait ménager sa monture ailée, et tel un Spielberg en son temps avec Les dents de la mer, sait sortir sa créature avec parcimonie et justesse, contribuant à la légende de l’homme chauve souris. Légende qui s’écrit à travers une fin truffée de twists (révélations) qui divisera sûrement plus d’un fan de Batman.

Jean-Marie Siousarram

Note : 3/5

En bref :Cet ultime épisode de Batman par Nolan est conforme à nos attentes : dense, rythmé, sombre et apocalyptique. Mais, à trop vouloir en mettre, le cinéaste loupe la marche qui était censée l’amener au panthéon du 7ème Art.